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dimanche 21 avril 2019

 LES ATELIERS MANIV’ELLES

Pour mieux comprendre le concept de mixité choisie et

pourquoi la Cyclofficine d’Ivry a fait ce choix.

 

Les Ateliers Maniv’Elles, qu’est-ce que c’est ?

Les Ateliers Maniv’Elles sont des ateliers d’auto-réparation de vélo qui ont lieu une fois par mois et qui sont réservés aux femmes et plus largement à toute personne ne s’identifiant pas comme un homme sans se poser de question : les personnes trans sont donc bienvenues.

Avant d’expliquer pourquoi la Cycloffine a senti le besoin de créer et d’introduire ces ateliers, il nous a semblé pertinent de situer et de définir politiquement le concept de mixité choisie.

La mixité choisie n’est pas une ségrégation

On reproche souvent à la non-mixité d’empêcher une mixité sociale, économique, raciale, de genre…. Cette mixité représenterait quant à elle la recette idéale proposée par la société pour lutter contre toutes formes de discrimination et ainsi de ségrégation. La ségrégation, c’est-à-dire la séparation (physique, spatiale...) imposée par un-e dominant-e sur un-e dominé-e (les riches sur les pauvres, les hommes sur les femmes, les blanc-he-s sur les non-blanc-he-s) est l’une des principales formes que prend la domination. Pourtant, la mixité imposée, n’est pas une solution, car la structure dominant-e-dominé-e y perdure.

La mixité imposée, d’une manière consciente ou non, crée des situations de mixité sans égalité. Dans notre société patriarcale, où les hommes détiennent le pouvoir et l’imposent aux femmes, l’égalité en nombre semble une réponse suffisante au problème du rapport homme-femme. Au quotidien, dans nos ateliers d’auto-réparation, nous avons pu constater que cette idée était fausse, car trop simple et réductrice.La parité numérique est simplement une des conditions nécessaires à l’égalité homme-femme, mais elle n’est pas suffisante. Afin d’expliquer ce concept, prenons l’exemple de la famille hétérosexuelle : un papa et une maman.Cest donc un lieu où la parité homme-femme est supposée parfaite. Cependant, dans ce contexte mixte on peut observer une hiérarchisation des tâches et une différenciation des rôles : voici ce que l’INSEE a observé https://www.inegalites.fr/L-inegale-repartition-des-taches-domestiques-entre-les-femmes-et-les-hommes.

Dans ce cadre la pratique de la non-mixité est tout simplement une mise en pratique concrète de la théorie de l’auto-émancipation. L’auto-émancipation, c’est la lutte par les opprimés pour les opprimés. Cette pratique émane du mouvement américain de luttes pour les droits civils dans les années 1960-1970. Dans celui-ci furent créés des groupes noirs, sans les blancs. Elle a été reprise par les mouvements féministes américains et européens, qui créaient des groupes en non-mixité, sans les hommes.

Cette pratique découlait du constat que, malgré la participation massive des femmes et des noirs aux manifestations et leur rôle fondamental dans ces luttes, ils n’occupaient jamais de position dirigeante. En effet, la position de leadership était le plus souvent détenue par les hommes et/ou par des blanc-he-s.

De plus, dans un groupe en mixité choisie on peut partager les expériences de discrimination ressentie, sans crainte (de jugement, de censure, etc.). On peut exprimer sa rancœur, prendre conscience que la force des opprimé-e-s peut suffire pour lutter contre le système qui les a rendus tel-le-s, sans attendre que les dominant-e-sprennent en charge le changement du système en place. Ainsi, il s’agit aussi d’empêcher les dominant-e-s d’avoir une place décisive dans la lutte contre l’oppression. Il y a en effet une différence entre lutter à côté des opprimés et lutter à leur place.

La mixité choisie dans les ateliers vélo

Les ateliers vélo, comme la plupart des lieux sociaux, ne sont pas imperméables au sexisme et au système patriarcal : la mécanique a longtemps été considérée comme quelque chose de typiquement masculin. Dans un atelier on voit plus d’hommes aussi bien parmi les adhérent-e-s que parmi les bénévoles.

Voici quelques statistiques : http://wiklou.org/wiki/Les_questions_liées_aux_genres#Cyclofficine_de_Paris .

Dans un atelier vélo, on peut observer une série d’actes, conscients ou non, fait par les hommes envers les femmes, trans ou inter-genres :

  • prendre les outils des mains

  • féliciter de manière exagérée parce qu’une personne a réussi quelque chose,

  • demander systématiquement des conseils uniquement aux hommes présents,

  • ne pas faire confiance

  • considérer la personne comme physiquement fragile et inapte,

  • penser que la personne a forcément besoin d’aide.

Ces comportements existent tous les jours, et bien qu’ils ne soient souvent pas conscients, ils infériorisent les personnes visées et pérennisent la structure hiérarchique entre les genres.

En partant de ces constats, nous avons choisi de lutter pour une vraie égalité entre les hommes et les femmes dans notre atelier. Nous avons choisi la voie de la mixité choisie, afin de créer un espace d’apprentissage et de prise en main de la mécanique vélo par les femmes, les trans et les inter-genres. Ce processus vise, à travers une prise de conscience et à travers l’auto-émancipation, à accéder dans un deuxième temps, à une situation de mixité égalitaire(et non plus imposée) entre les genres.

La mixité choisie est de plus un moyen de souligner à quel point la situation inverse est souvent imposée, dans des lieux mixtes ou non, et de prendre conscience que si l’on veut changer les choses, il faut lutter à côté des femmes, en leur laissant la capacité d’action.

 

Voir en ligne : http://cyclocoop.org/index.php/les-...


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