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Les ateliers vélos : des lieux qui mettent le citoyen au cœur de l’urbanisme durable

jeudi 1er septembre 2016

L’Heureux Cyclage a contribué à l’appel à communication lancé par l’ADEME et le Moniteur dans le cadre des 3èmes Rencontres Nationales de l’Urbanisme Durable.
L’idée était de montrer comment les ateliers était des outils dans les domaines de la revitalisation durable des centres-bourgs et l’amélioration de la qualité d’usage du périurbain (thème 1), et dans l’articulation entre conception urbaine et aménagement opérationnel (thème 2).

En voici un extrait.

De plus en plus de villes en France voient les parts modales des modes actifs (ou modes doux) augmenter : la pratique du vélo notamment revient sur le devant de la scène. C’est logique car il ne manque pas d’atout : moteur de la transition énergétique, le vélo permet de décongestionner le trafic grâce à un faible encombrement des espaces publiques ; il n’est pas polluant, permet d’améliorer de nombreux facteurs de la qualité de vie (santé, stress, finances), facilite l’accès aux commerces de proximité…

Ce changement ne peut se produire que lorsque le modèle d’urbanisation d’une ville évolue vers une plus grande prise en compte des piétons, des transports en commun et des cyclistes. Les villes qui ont fait le choix d’un centre-ville apaisé permettent à leurs habitants de se déplacer, de manière sereine, autrement qu’en voiture. Cette politique d’aménagement s’accompagne d’actions sur les services portées par les collectivités (vélo libre-service…) ou par des acteurs privés comme des associations.

Qu’est-ce qu’un atelier vélo participatif et solidaire ?

Les ateliers vélos sont des lieux d’accueil où toute personne, grâce à des outils adaptés, des pièces d’occasion et des personnes compétentes et pédagogues, peut apprendre à réparer soi-même son vélo. Les ateliers vélos sont réunis au sein de L’Heureux Cyclage, réseau national dont les objectifs sont de mutualiser les projets utiles aux structures locales, d’échanger les expériences et de représenter les ateliers dans les instances nationales.
Depuis la création du réseau en 2008, le nombre d’ateliers vélos participatifs et solidaires, en France, ne cessent d’augmenter : leur croissance est en moyenne de 20 % par an. De 35 en 2005, en passant par 71 en 2012, leur nombre est désormais de 130 en 2015. Des ateliers existent dans des grandes villes (Paris…), dans des villes moyennes et dans les milieux ruraux : des villages comme Mens (38), Belin Beliet (33). Les initiatives aux fondements des ateliers vélo s’adaptent à leur contexte et aux opportunités qui s’offrent. Nombre d’entre elles se lient à d’autres activités avec une mutualisation des locaux par exemple.

Cet outil « égalitaire » est accessible à tout le monde et va dans le sens d’une mobilité durable. Les valeurs sont la promotion du déplacement à vélo, la récupération des cycles en fin de vie, le transfert de savoirs, de manière accessible à toutes et tous sur le plan social.

Des effets concrets sur la mobilité

Les ateliers vélo sont des lieux de transition :
- lieux de rencontre et de mixité
- lieux égalitaires accessibles à tou-te-s
- lieux d’apprentissage (mécanique, vélo-école) qui, par la promotion de la « vélonomie », améliorent la sécurité des cyclistes
- lieux de prévention des déchets et de réemploi
- lieux agiles et ouverts à d’autres thématiques : certains ateliers accueillent des AMAP, des cafés associatifs, travaillent avec des ressourceries… l’atelier d’autoréparation de vélo peut s’adapter à différents contextes
- lieux ni de production, ni de consommation : de réparation, essentielle pour modifier les comportements
- lieux de changement de comportements : mobilité, apprentissage

Concrètement, une enquête menée en 2011 par L’Heureux Cyclage sur les pratiques et les attentes des cyclistes en matière de mécanique a permis de montrer que les adhérents des ateliers vélo sont : des cyclistes plus réguliers, qui roulent sur des vélos plus sécurisés car mieux entretenus, qui sont souvent des vélo réemployés (suite à un don ou un abandon). Il y a donc tout intérêt à développer les ateliers vélos, de manière à ce qu’ils touchent encore plus d’adhérents que les 50 000 que l’on compte aujourd’hui.

En parallèle, les ateliers vont à la rencontre des habitant.e.s à travers des ateliers mobiles qui peuvent être réalisés dans tout espace public, et en particulier les lieux de flux : campus, établissements scolaires, en lien avec différents dispositifs aussi variés que les contrats de ville ou les plans de déplacement d’entreprise pour encourager toujours plus l’usage du vélo.

Une activité de plus en plus reconnue

Cette activité permet à certains ateliers vélo de renforcer leurs modèles économiques et ainsi d’être employeurs. Il y a aujourd’hui 120 ETP d’animateur.trice.s, issus de l’ESS, qui sont des emplois non-délocalisables, permettant souvent l’insertion. Ces emplois valorisent le travail de réparateur.trice et viennent en soutien aux petits commerces de professionnel.le.s du cycle

Conscientes du travail réalisé par les ateliers vélo, les instances publiques reconnaissent de plus en plus cette activité. De nombreuses villes soutiennent les projets via des subventions sur projet, ou la possibilité de mettre à disposition de locaux, ou l’ouverture aux déchetteries. On ne compte plus les maisons du vélo accueillant des ateliers d’autoréparation : Caen, Toulouse, Bègles etc… A ce titre l’exemple de Plaine Commune est intéressant : après avoir voulu « son » Vélib’ en 2010, (le service Welcom qui n’a duré que quelques mois), la Communauté d’Agglomération a fait le choix d’une maison du vélo fondée sur les activités d’autoréparation à Saint-Denis (Bicyclo) et espère en ouvrir d’autres à terme. Dans d’autres agglomérations, les ateliers existants sont soutenus pour essaimer dans d’autres quartiers de ville.

Quels effets sur l’aménagement ? A l’échelle du projet urbain, ou même de l’îlot ?

L’impact des ateliers vélo sur la ville et sur l’aménagement est indéniable. Les ateliers vélo organisent leurs espaces pour les adapter aux différentes fonctions : l’accueil, le bricolage, le stockage etc… Ils s’adaptent souvent à l’existant. La taille des locaux en dit long : les plus petits font 10 m², ce sont des box de garage, et les plus grands 1 000 m², ce sont des friches.

Dans ces friches justement, les temps courts des ateliers s’adaptent au temps long de l’aménagement. Récup’R à Bordeaux par exemple, occupe des locaux voués à la destruction car situés dans le périmètre d’EurAtlantique. A Orléans, 1terreAction occupe un pavillon acquis par l’aménageur du tramway… Ces partenariats sont gagnants pour l’association comme pour l’aménageur. Les ateliers peuvent faire le lien dans des opérations d’aménagement longues et désincarnées. Les sources d’économie sur la gestion du bâti (pas de surveillance) sont également intéressantes. Cette appropriation de l’espace au profit des habitants, doit être intégrée dans les projets pour anticiper le moment où la friche laisse place aux travaux du projet urbain.

Dans certains cas, l’atelier fait partie du projet, comme la Maison du Vélo en face de la gare de Caen, élément essentiel du quartier en cours de renouvellement. L’atelier de L’Etincelle, situé au cœur de l’Ecosystème Darwin à Bordeaux est un autre exemple.

Les opérations d’aménagement constituent des opportunités intéressantes pour développer l’activité des ateliers vélo car ils offrent des espaces importants, adaptés à une activité qui exige différent types d’usage, et dont le manque d’espace (à des coûts abordables) est une constante.

A une échelle plus fine, il est intéressant de noter que les ateliers peuvent être liés à des programmes spécifiques :
-  Pôles universitaires comme à Nantes (Velocampus), Lyon (les Bikers) ou Pessac (Etu’Recup)
-  Immeubles innovants en matière de partage d’espaces : L’Heureux Cyclage a été sollicité par plusieurs promoteurs pour les conseiller dans la possible mise en place d’ateliers d’autoréparation à l’échelle d’un immeuble
-  Sans oublier l’action au quotidien des ateliers de rue dans des lieux spécifiques grâce à l’utilisation d’une remorque permettant de transporter l’essentiel du matériel nécessaire.

Pour en savoir plus sur les rencontres nationales de l’urbanisme durable, c’est ici, et sur l’appel à contributions, c’est